Conférences SAHIV
La chasse des élites en Haute Bretagne du XIe au XVIe siècle
par Jean-Claude MEURET
9 juin 2026, 14h30
Musée des beaux arts
Au second Moyen Âge, dans l’Ouest, comme ailleurs, la chasse occupait une place majeure chez les plus puissants, seigneurs, ducs ou rois. Pour mieux la comprendre, c’est à des fins comparatives qu’elle fait l’objet d’un livre en cours à l’échelle des huit départements de Bretagne, du Maine et de l’Anjou. La conférence qui vous est proposée se concentrera sur la Haute Bretagne, Ille-et-Vilaine en particulier. A partir des longues recherches menées depuis dix ans en archives mais aussi en bois et forêts, trois thèmes vous seront présentés, en mots et en images.
Ce seront d’abord les pratiques ludiques mais parfois dangereuses de la prise du gibier, bien différentes de celles d’aujourd’hui et aujourd’hui ignorées car antérieures à l’usage des armes à feu. Elles concernent la grande vénerie et la haute fauconnerie, mais aussi des procédés moins nobles comme le rabattage des sangliers à la haie ou la pratique nouvelle des garennes à lapins.
Puis sera présenté l’aspect territorial et juridique de la chasse seigneuriale. Il se traduisait par l’appropriation et la création d’espaces appelés « forêts », incluant massifs boisés, mais tout autant landes, incultes et terrains vagues. Interdites et dites « défensables », ces forêts ne résolvaient pas le problème de la fuite du gibier et donc de son nécessaire mais conflictuel droit de « pourchas » sur d’autres domaines seigneuriaux. Les parcs à gibier emmurés, ont partiellement résolu cet imbroglio de droit féodal, mais seulement pour les plus hauts seigneurs.
Enfin, au troisième thème sera abordé un aspect lui aussi oublié, celui de la haute symbolique de la chasse. Par nature, elle produisait une image à la fois de la noblesse et de la guerre, privilège et devoir de l’élite laïque. Elle se traduisait pour un vassal par certains devoirs à rendre à son suzerain : objets précieux, repas, rabattage du gibier, corvées de création des haies. Entre grands détenteurs du pouvoir, elle faisait l’objet de hauts cadeaux diplomatiques, chiens rares et surtout précieux « oiseaux » de fauconnerie. Enfin, on recourait au faucon, image céleste du pouvoir, tant en héraldique, que sur la main d’un grand seigneur, voire d’un évêque.
Jean IV, duc de Bretagne, entre solennellement en la ville de La Guerche
pour en prendre possession en grand seigneur, à cheval, sans arme et un épervier au poing.
AD 44, Trésor des chartes, E 104/11, 1385, original parchemin, 14 septembre, l. 43-44 (transcription J.-C. Meuret).

un espervier sur son poaing en ladite ville de La Guirche,
et fut reçeu à grant joaie et à grant liece, comme le Seigneur